L’IA a résolu le problème du coût de production. Mais elle n’a pas résolu celui de la qualité. Pire : le second s’est aggravé au moment même où le premier était réglé.

La plupart des contenus publiés aujourd’hui sont corrects et oubliables. Irréprochables sur la forme, dans le sujet, bien structurés… et identiques aux milliers d’autres textes générés par la même IA la même semaine. On appelle ça du « slop ». Rien ne cloche. Ça se lit sans effort. Mais la déception vient plus tard, discrètement : personne ne clique, personne ne réagit, personne ne se souvient de qui l’a écrit.

La vraie question n’est donc pas « L’IA peut-elle écrire ça à ma place ? » (elle le peut). La vraie question, c’est : « Comment savoir si ce qu’elle a écrit vaut le coup ? » Voilà ce que les outils vous laissent gérer. Et « Est-ce que ça se lit bien ? » ne suffit pas : c’est une vérification grammaticale. Elle passe à côté de l’essentiel, c’est-à-dire de ce qui définit vraiment le « slop » :

Aucun de ces défauts n’apparaît à la relecture. Tous se révèlent dans vos résultats, des semaines plus tard, quand il est trop tard pour corriger.

Les trois questions à se poser avant de publier

Appliquez-les à n’importe quel texte, avant de le partager.

  1. Originalité : une vraie idée, ou du déjà-vu reformulé ?

    Résumez le texte à sa thèse principale. Si tout le monde dans votre domaine est déjà d’accord avec elle, vous avez écrit un résumé, pas un point de vue.

    Test rapide : un concurrent pourrait-il publier ce texte mot pour mot sans changer une virgule ? Si oui, ce n’est pas votre texte.

  2. Profondeur : est-ce que ça apporte quelque chose, ou est-ce que ça tourne autour du pot ?

    Un contenu de qualité avance une idée, l’étaye, et la mène quelque part.

    Test rapide : après le premier paragraphe, le lecteur apprend-il quelque chose qu’il n’aurait pas pu deviner ? Si tout le texte tient dans son titre, c’est trop léger.

  3. Clarté : le lecteur peut-il suivre et retenir le propos ?

    Test rapide : cachez le texte et résumez en une phrase ce qu’il défendait. Si vous n’y arrivez pas, le lecteur non plus.

    Une écriture vague qui affecte un ton assuré est la forme la plus courante de « slop ».

Vous vous attendiez peut-être à voir ici la voix de la marque ou l’adéquation à l’audience. Elles sont volontairement mises de côté. Une bonne IA, à qui on fournit une marque et une audience claires, les maîtrise déjà dans la plupart des cas. Là où elle échoue, encore et toujours, c’est sur l’originalité, la profondeur et la clarté. Une note ne sert qu’à corriger ce qui ne fonctionne pas — et c’est précisément là que le contenu généré par l’IA échoue.

À quoi ressemble le « slop », avant et après

Version typique générée par une IA :

Les réseaux sociaux sont aujourd’hui un outil puissant pour les entreprises. Pour réussir, les marques doivent publier souvent et interagir avec leur audience. En créant du contenu à valeur ajoutée et en restant actives, elles peuvent asseoir leur présence et élargir leur communauté.

Chaque phrase est vraie. Aucune ne mérite d’être lue. N’importe qui aurait pu l’écrire (peu original), ça dit « publiez souvent » sans expliquer pourquoi ni comment (creux), et ça sonne comme un conseil sans donner de pistes concrètes (flou).

Même sujet, réécrit pour passer le test :

« Publiez souvent » est le conseil que tout le monde donne, parce qu’il est facile à donner, pas parce qu’il marche. Il n’a de sens que si chaque publication mérite l’attention par elle-même. Dix contenus oubliables par semaine apprennent à votre audience à vous ignorer plus vite, pas à vous suivre. Les marques qui grandissent publient moins, mais mieux — et retiennent le reste avant même de le partager.

Il prend position, explique pourquoi, et son message tient en une phrase. Même thème, résultat inverse.

Noter, ce n’est pas juger. C’est décider.

L’intérêt de noter ne réside pas dans la note elle-même, mais dans la décision qu’elle permet de prendre tant qu’il est encore temps : publier, corriger ou abandonner. La plupart des contenus ne bénéficient d’aucune de ces options, par défaut. Ils sont publiés parce qu’il fallait remplir une case.

Un texte noté vaut mieux qu’un texte « bien », car la note est la seule partie sur laquelle vous pouvez vous appuyer. « Je trouve ça correct » est une impression. « C’est original mais creux, donc ça va vite perdre le lecteur » est un constat — et sur un constat, on peut agir. Le raisonnement compte plus que la note.

Faites-le pendant quelques semaines, et votre œil s’aiguisera. Vous repérerez le brouillon sans âme pour ce qu’il est avant même d’avoir fini de le lire. Un effet secondaire, pas une corvée — mais bien réel.

Ce que ça change pour le contenu généré par l’IA

La rédaction, c’est réglé. Le vrai problème, c’est le jugement : décider ce qui mérite d’être dit, et vérifier que ce que vous avez produit le dit vraiment.

Si vous devez ajouter à la main la vraie idée, la profondeur et la formulation percutante à chaque fois, après coup, alors l’outil vous a simplement donné un brouillon en le faisant passer pour un texte fini.

Portez ce jugement avant de publier, pas après coup, une fois déçu. Notez l’originalité, la profondeur et la clarté. Lisez le raisonnement. Tranchez. Attrapez le « slop » tant qu’il est encore temps — et bon marché — de le corriger.

Le contenu gratuit, c’est facile. Un contenu qui mérite d’être publié, c’est une décision. Prenez-la en toute conscience.